Pourquoi certains élèves restent bloqués malgré leurs efforts
Beaucoup d’élèves travaillent, relisent leurs cours, passent du temps devant leurs cahiers… et pourtant n’avancent pas. Ils ont des blancs, ne passent pas à l’action, relisent sans comprendre, restent passifs face à une difficulté. Ces situations sont fréquentes, déroutantes pour les adultes, et souvent très coûteuses pour les élèves eux-mêmes.
Il y a quelque temps, j’ai relu Pourquoi nous sommes essentiellement bons de Richard Schwartz. Cette lecture a fait écho à ce que j’observe quotidiennement dans l’accompagnement scolaire : les difficultés ne viennent pas d’un manque de bonne volonté, mais de tensions intérieures mal identifiées. L’approche IFS (Internal Family Systems) offre, à ce titre, un cadre particulièrement éclairant pour comprendre ce qui se joue dans l’apprentissage.
Quand l’élève est présent… mais n’avance pas
De nombreux élèves ne sont ni agités ni opposants. Ils sont simplement immobiles face au travail.
Ils ouvrent leur cours, relisent un texte plusieurs fois sans pouvoir expliquer ce qu’ils ont compris.
Ils restent longtemps devant une consigne sans écrire.
Ils « révisent » en relisant, mais sans approfondir, sans reformuler, sans se confronter réellement à la difficulté.
Les mots qu’ils utilisent sont souvent très simples :
« Je lis, mais je comprends pas vraiment. »
« J’ai un blanc. »
« J’arrive pas à commencer. »
Ces élèves ne refusent pas de travailler. Ils sont là, mais quelque chose bloque intérieurement.
Relire sans comprendre : une stratégie d’évitement discrète
La relecture passive est l’un des comportements les plus répandus. Elle donne l’impression de travailler, tout en évitant les étapes plus engageantes : faire un exercice, répondre à une question, vérifier ce qui n’est pas compris.
Pour l’élève, relire permet souvent de rester dans une zone relativement sécurisante. Approfondir, en revanche, implique un risque : celui de se tromper, de constater ses lacunes, ou de se sentir en échec. La passivité n’est donc pas un hasard, mais une réponse adaptative à une difficulté vécue comme trop coûteuse.
Une lecture IFS des blocages scolaires
L’IFS propose une idée simple : nous sommes traversés par différentes parts, chacune animée par une intention. Dans le contexte scolaire, ces parts peuvent entrer en tension.
On observe fréquemment :
- une part qui veut réussir, comprendre, avancer ;
- une part qui redoute l’échec, le jugement ou la note ;
- une part qui cherche avant tout à faire baisser la pression.
Quand ces parts tirent dans des directions différentes, l’élève peut se retrouver figé. Les « blancs », la passivité, la difficulté à passer à l’action sont alors des signaux, pas des défauts.
Les blancs : quand le système se met en pause
Les blancs apparaissent souvent au moment clé : début d’exercice, feuille blanche, contrôle, restitution orale. L’élève a parfois travaillé, mais au moment d’agir, tout se fige.
Dans une lecture IFS, ce figement correspond rarement à un vide. Il s’agit plutôt d’un trop-plein émotionnel : trop de pression, trop d’enjeu, trop de peur de mal faire. Le système interne coupe alors temporairement l’accès aux ressources pour se protéger.
Ma posture de coach : rendre lisible ce qui se joue
Dans mon accompagnement, je m’appuie sur l’IFS comme cadre de compréhension, non comme une thérapie. L’objectif est d’aider l’élève à mettre de la clarté là où tout se mélange.
Cela passe par des questions simples :
- « Qu’est-ce qui se passe juste avant que tu bloques ? »
- « Qu’est-ce que tu redoutes à ce moment-là ? »
- « Qu’est-ce que ça te ferait d’essayer vraiment ? »
Ces questions déplacent le problème. Le travail n’est plus vu comme l’ennemi, mais comme le lieu où se rejouent des tensions internes identifiables.
Stress, procrastination, manque de motivation : une même logique
Avec cette grille de lecture, des difficultés souvent traitées séparément prennent une cohérence nouvelle.
– Le stress excessif fige l’action.
– La procrastination évite la confrontation.
– Le manque de motivation apparaît quand le système interne est saturé.
Le point commun n’est pas l’absence d’effort, mais un rapport insécurisé à la difficulté.
Ce que je propose concrètement : observer, comprendre, revenir au corps
Dans mon approche, il ne s’agit ni de forcer, ni de corriger à tout prix. Le premier travail consiste à observer ce qui se passe quand l’élève bloque, sans jugement.
Ensuite, j’aide l’élève à reconnaître l’intention positive de ces réactions : éviter une montée de stress, protéger l’estime de soi, se préserver d’une expérience vécue comme trop coûteuse. Cette reconnaissance est souvent très apaisante.
Enfin, une place importante est donnée au retour au corps. Les blocages scolaires s’accompagnent presque toujours de signaux corporels : tension, fatigue, figement, agitation. Apprendre à les repérer permet souvent de désamorcer le blocage avant même de chercher une solution cognitive.
Quand la tension baisse, la pensée peut à nouveau circuler. L’élève retrouve progressivement la capacité d’agir, pas à pas, sans lutte excessive.
L’objectif n’est pas de travailler plus, mais de retrouver une relation plus vivante et plus sécurisée à l’apprentissage — condition essentielle pour des progrès durables.